Interview : Computer Arts
Le magazine Computer Arts nous a fait l’honneur d’une interview, dans son n°239 de Mai 2015, afin d’en savoir globalement plus sur notre travail. On y parle notamment d’impression, béton et cartes de vœux…
Quel est le plus grand défi pour des designers qui souhaitent utiliser des techniques d’impression inhabituelles dans leur travail ?
Eprouver le concept
Le plus grand défi dans l’utilisation de procédés innovants est la réussite en multiple. Il est assez facile de réaliser une création pour quelques exemplaires mais beaucoup plus compliqué d’obtenir de grandes quantités avec la même qualité. Pour exemple, lorsque nous avons créé les cartes de visites en béton, nous avons réalisé le concept nous même avec du béton acheté en magasin de bricolage afin d’en éprouver le concept et de le déposer. Nous avons ensuite travaillé pendant un an avec une société élaborant du béton haute performance pour pouvoir développer un système de série et un business plan.
Avez-vous une relation privilégiée avec un imprimeur ou sélectionnez-vous un nouveau prestataire à chaque nouveau projet ?
Un réseau
Nous avons un réseau d’imprimeurs et de techniciens spécialisés. Ils peuvent être rapides, exigeants, curieux, spécialisés en offset, letterpress, sérigraphie, façonnage, découpe laser,etc. Nous savons avec qui travailler ou qui mettre en relation avec le client en fonction des contraintes créatives.
Comment trouvez-vous de nouvelles techniques d’impression et comment faites-vous pour vous tenir au courant des innovations dans le domaine de l’impression ?
Une équipe en veille permanente
Chacun des membres de l’équipe créative suit au quotidien des sites et blogs de références.
Nous essayons également d’élargir nos domaines de recherches et de références en nous influençant d’univers créatifs tels que l’architecture, l’art contemporain, la mode. Nous pensons que lors de la conceptualisation créative, plus les recherches sont vastes et plus le résultat sera pointu.
Comment être sûr de ne pas tomber constamment dans la récurrence et ainsi faire en sorte que le procédé soit toujours pertinent par rapport au contenu ?
Inventer les possibles
Un projet, ou plus précisément une création graphique dans notre cas, ne doit pas être pensée en fonction d’une technique d’impression. En devenant une contrainte elle risque de ne plus être pertinente. C’est en inversant ce processus, et en trouvant les moyens et procédés techniques en fonction de la création, que nous obtenons de nouveaux domaines d’expression. C’est pourquoi le travail de recherches de nouveaux supports et procédés au quotidien permet aux créatifs d’appréhender le potentiel créatif et technique de leurs réalisations.
Concernant votre projet de cartes de vœux, comment la technique d’impression a‑t-elle réussie à s’adapter au concept ?
Un cas concret : l’encre gonflante
Dans notre projet de cartes de vœux, la création était orientée sur un graphisme élégant et sobre jouant sur les différences de volumes et de texture rendues par la lumière. L’utilisation d’un gaufrage aurait simplement joué sur les volumes. Nous avons alors cherché à trouver une technique nous permettant d’atteindre le même résultat mais avec un touché différent. Nous avons utilisé de l’encre gonflante apportant une texture proche du papier dit « Skin ». Le problème rapidement rencontré a été celui de trouver un papier résistant à la haute température, ce qui est indispensable pour faire gonfler cette encre. Après de multiples tests, il s’est avéré que les papiers haut de gamme ne résistaient pas, et les papier de fort grammage non plus. Seul un Popset standard de 350 g a résisté après avoir été mis sous presse durant une semaine.
À propos du projet EXO, pourquoi avoir choisi ce traitement ?
Le projet EXO
EXO est une agence d’architecture française. Le principe fondateur de ce cette identité visuelle est un jeu de perspectives, de matériaux et d’éléments fondamentaux. Nous avons étudié le papier comme les matériaux de construction : les directeurs artistiques sont devenus architectes et les graphistes sont devenus des chefs de projet. Notre ambition était de donner une certaine sensation de volume à des supports 2D. La conception du logo et de l’identité visuelle a d’abord été imaginée par un système qui nous a permis de jouer avec la sphère graphique comme un élément architectural singulier. Cette notion du volume se trouve sur les principes de la perspective qui sont créés par des lignes de convergence, le choix des reflets noirs et blancs la puissance graphique de la matière, du volume et de ses contrastes. Les éléments sont coupés à travers des formes de sorte qu’ils renforcent l’effet de profondeur : ils apportent la discontinuité nécessaire et deviennent un élément constitutif de l’identité visuelle.
Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent utiliser des procédés d’impression innovants dans leur travail ?
L’impression n’est pas une contrainte
Le conseil que nous pourrions leur donner est de ne pas penser l’impression comme une contrainte. Bien connaître les procédés et rester à la pointe de l’actualité dans l’ensemble des domaines de création leur permettront d’adapter avec justesse les techniques et procédés à leurs projets.